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Biographie de Jean Cocteau

1889
Naissance, le 5 juillet, à Maisons-Laffitte de Jean Cocteau, fils de Georges et Eugénie. Le couple a déjà deux enfants : Marthe, née en 1877 et Paul, en 1881.

1890-1897
La famille vit chez les grands-parents maternels : l’hiver, dans l’hôtel particulier du 45 rue La Bruyère à Paris ; l’été, dans la propriété de Maisons-Laffitte. Jean est un enfant choyé, mais nerveux, difficile de caractère et souvent malade. Il grandit dans un milieu mondain où l’on a le goût des arts. Son père dessine et, très jeune, il l’imitera. Son grand-père est collectionneur et mélomane – il organise chez lui des séances musicales. Fasciné par le théâtre, Jean dévore les magazines spécialisés qu’il trouve chez lui ; il assiste aussi à quelques spectacles pour enfants.

1898
Le 5 avril, pour des raisons restées mystérieuses, son père se tue d’une balle dans la tête. C’est seulement en 1963, année de sa propre mort, que Cocteau, au cours d’une émission télévisée, Portrait-souvenir, parlera publiquement de ce drame.

1899
Au printemps, la grand-mère Lecomte meurt. Le grand-père continue à vivre avec sa fille. Il s’occupe de Jean et l’em mène, le dimanche, aux concerts du Conservatoire.

1900
De l’Exposition universelle, Cocteau semble n’avoir retenu que le spectacle de danse donné par Loïe Fuller. En août, il passe des vacances en Suisse. En octobre, après des études primaires qui semblent avoir été médiocres, souvent interrompues en raison de sa mauvaise santé, il entre en sixième D au petit Condorcet. Il a notamment comme condisciple Dargelos, dont il fera un personnage mythique.

1901
Avec ses camarades du lycée, il joue dans la cité Monthiers (qu’on retrouvera dans Le Sang d’un poète, Opium et Les enfants terribles), 55 rue de Clichy. La mort d’un ami, qu’on n’a pas identifié, le bouleverse. Il aurait eu, cette année-là, la brutale révélation de la beauté dans la personne d’un élève et éprouvé ce « désir d’être ceux qu’il trouvait beaux et non de s’en faire aimer », qu’il attribuera plus tard à Jacques, le héros du Grand Ecart.  

1902
A la rentrée d’octobre, il est en quatrième au Grand Condorcet. Il ne brille qu’en dessin, en gymnastique et en allemand. Ses professeurs le trouvent intelligent mais inégal, distrait et agité.

1903
Jean est en vacances à Châtel-Guyon puis, avec sa mère, à Venise.

1904
A Pâques, en raison de ses trop nombreuses absences, il est renvoyé du lycée. Il termine l’année scolaire grâce à des leçons particulières et, en octobre, il entre en seconde à l’école Fénelon, rue du Général-Foy. Il dessine beaucoup.

1905
Jean est toujours à l’école Fénelon. Il passe des vacances chez son ami Rocher à la Boissière, près de Moy, dans l’Aisne.

1906
En avril, mort du grand-père Lecomte. Le jeune Cocteau est devenu, avec ses amis Rocher et Boulant, un habitué du café-concert l’Eldorado, où se produisent notamment Dranem et Mistinguett. En mai et juin, il a une brève liaison avec une artiste de cet établissement, Jeanne Reynette. Il échoue à la session de juillet du baccalauréat. On n’a pas d’autre témoignage que le sien sur une fugue qui l’aurait alors conduit à Marseille, où son frère serait allé le rechercher. Pour préparer la seconde session du baccalauréat, sa mère l’envoie au Val André chez Herman Dietz, un professeur au lycée Buffon qui prend des pensionnaires pendant les vacances. Il n’en échoue pas moins en octobre et entre comme interne au cours privé que dirige Dietz rue Claude-Bernard.

1907
Mme Cocteau quitte l’hôtel de la rue La Bruyère pour un logement moins spacieux au 62 rue Malakoff (aujourd’hui avenue Raymond-Poincaré), où elle conserve son train de vie. Elle vit désormais seule avec Jean. Celui-ci échoue encore aux deux sessions du baccalauréat malgré un nouveau séjour, en août et septembre, au Val-André chez les Dietz ; il ne reprendra pas ses études. Il écrit des poèmes, se passionne pour le théâtre et, sans doute sous l’influence de De Max, se persuade qu’un grand destin l’attend.

1908
Introduit dans le monde par sa mère, il s’y fait rapidement une réputation de dandy. Il fréquente Catulle Mendès, se lie avec Lucien Daudet et avec Maurice Rostand. Le 4 avril, De Max organise au théâtre Fémina, sur les Champs-Elysées, une matinée poétique consacrée à « un tout jeune poète de dix-huit ans, Jean Cocteau », avec une présentation de Laurent Tailhade. Grand succès mondain et dans les milieux littéraires académiques. Sur sa lancée, Cocteau participe, le 12 mai, au Salon des poètes et publie le 15 juillet, dans Je sais tout, son premier poème, « Les Façades ». En septembre, voyage en Italie avec sa mère : à Isola Madre sur le lac Majeur, à Vérone et à Venise. Le 24, à Venise, son ami Raymond Laurent se suicide, peu de temps après l’avoir quitté : nouvelle irruption de la mort dans le temps de la jeunesse. De son retour à Paris, il prend un pied-à-terre dans le jardin de l’Hôtel Biron, rue de Varenne, à l’insu de sa mère. Brève aventure avec Christiane Mancini, élève au Conservatoire.

1909
L’activité littéraire de Cocteau est intense. En janvier, il prépare avec Maurice Rostand la revue Schéhérazade, qui aura six livraisons de novembre 1909 à mars 1911. Il publie des articles et des dessins dans Comoedia. En février paraît son premier recueil de poèmes, La Lampe d’Aladin. Après la première parisienne des Ballets russes, le 19 mai, Misia Sert le met en relation avec Serge de Diaghilev. En été, il est reçu chez les Rostand à Arnaga, au Pays basque. Le 20 novembre, il donne dans Le Témoin une caricature de la comédienne Madeleine Carlier, avec laquelle il a une liaison et qu’il présente comme sa fiancée.

1910
Mme Cocteau déménage pour le 10 rue d’Anjou, où elle habitera jusqu’à la guerre de 1939. Son fils vivra de plus en plus irrégulièrement avec elle. Elle ne cesse cependant de veiller sur lui, intervient pour mettre fin à la liaison avec Madeleine Carlier et le faire renoncer à sa chambre de l’Hôtel Biron. Il est introduit par Lucien Daudet et Reynaldo Hahn dans le salon de Madeleine Lemaire et rencontre Proust chez Mme Straus, la veuve de Bizet. Il fait la connaissance de Jacques-Emile Blanche et de François Mauriac. A la fin de mai paraît son deuxième recueil, Le Prince frivole. En août, il passe des vacances à Clarens avec André Paysan, collaborateur à Schéhérazade, avec qui il écrit La Patience de Pénélope, mensonge en un acte, dont Reynaldo Hahn fera la musique. Des articles et des dessins de Cocteau son publiés dans Comoedia.

1911
Grand admirateur de la comtesse de Noailles, il la rencontre le 14 février. Toujours chez Mme Simone, à Trie la Ville, il fait la connaissance d’Alain Fournier et de Péguy, tandis que Diaghilev le met en relation avec Stravinski. A Pâques, il séjourne au cap Martin avec sa mère, Mme Daudet et Lucien Daudet, qui le présente à l’impératrice Eugénie. En août, il passe des vacances chez les Daudet, au château de La Roche, près d’Amboise. Au cours de l’année, il publie des articles et des dessins dans Comoedia, Comoedia illustré et Les Humoristes ; édite un argument de ballet, Le Dieu bleu ; dessine deux affiches pour Le Spectre de la rose et écrit un texte, « le Ballet russe », pour le programme de la troupe.

1912
En février, il pose chez Jacques-Emile Blanche, qui fait son portrait. Du 12 mars au 8 avril, il voyage en Algérie, avec Lucien Daudet. Le 13 mai, Le Dieu bleu, sur une musique de Reynaldo Hahn, dansé par les Ballets russes avec Karsavina et Nijinski, est mal accueilli par le public. Cocteau en sera affecté. Dans le même temps, Diaghilev lui lance le célèbre « Etonne-moi ! ». A la fin de juin paraît son troisième livre de vers, La Danse de Sophocle. Le jugement des critiques, ainsi que l’échec de son ballet et la réflexion de Diaghilev, le conduisent à s’interroger sur la valeur et la signification de ses premiers succès. Ses vacances fort occupées font diversion : à Offranville, chez Jacques-Emile Blanche, du 8 au 15 août, il rencontre la princesse Bibesco ; au château de La Roche, chez les Daudet, dans la seconde quinzaine d’août, puis à Saint-Jean-de-Luz, avec sa mère ; à la fin de septembre, à Cambo chez les Rostand. A la fin de l’année, la mort d’Henri Bouvelet, collaborateur à Schéhérazade, le fait s’interroger à nouveau avec angoisse sur le destin tragique de certains êtres jeunes. Des poèmes et des textes en prose paraissent dans Comoedia, Le Figaro, La Revue de Paris, Je sais tout et Les Annales.

1913
En avril et en mai, Cocteau séjourne au Trianon-Palace-Hôtel de Versailles avec Maurice Rostand. La première du Sacre du Printemps, le 29 mai, le transporte ; l’hostilité manifestée par le public le confirme dans l’idée qu’il n’y a de création artistique qu’anti-conformiste. Avec André Lhote, il fait le projet d’une mise en scène du Songe d’une nuit d’été. Du 11 août au 16 septembre, puis du 7 octobre au 7 novembre, il est chez Jacques-Emile Blanche à Offranville : il pose pour un nouveau portrait et s’essaie lui-même à la peinture, surprenant et déconcertant son hôte ; le 14 octobre, il rencontre Gide pour la première fois. Il entreprend ce qui deviendra Le Potomak et dessine ses premiers Eugènes. Le 23 novembre paraît dans Excelsior son article sur Du côté de chez Swann écrit à l’instigation de Proust. Ce même mois, un ami commun lui fait connaître Roland Garros. Il effectue son premier vol en compagnie de l’aviateur à une date incertaine.

1914
En janvier, il voit Stravinski, de passage à Paris, et lui présente un projet de ballet, une « parade » de music-hall, David. Mais, rappelé par Diaghilev à ses engagements antérieurs, Stravinski n’achèvera pas ce ballet. Rentré à Paris, Cocteau achève Le Potomak. Réformé, il ne veut pas rester inactif quand la guerre est déclarée. Au début d’août, il est engagé à la Croix-Rouge, où il est chargé de tâches humanitaires. En septembre, il participe au convoi d’évacuation de blessés en Champagne et assiste au bombardement de Reims. Rentré à Paris, il rend visite à Barrès : ces entretiens le déçoivent. Il prépare avec Paul Iribe la revue Le Mot dont le premier numéro paraît le 28 novembre ; il y signe ses dessins du pseudonyme de Jim. Le 26, le conseil de révision de la Seine le classe dans le service auxiliaire. Il se porte volontaire pour la Section d’ambulances aux armées créée par Etienne de Beaumont et part comme convoyeur vers le front de Flandre.

1915
En janvier, Le Mot devient hebdomadaire ; son vingtième et dernier numéro paraîtra en juillet. Cocteau fait la connaissance de Raoul de Castelnau, qui lui inspirera le personnage de Thomas l’Imposteur. Le Figaro du 14 février publie en première page son Hymne à Joffre. Cocteau commence le poème qui deviendra Le Cap de Bonne-Espérance. Valentine Gross l’introduit dans le milieu de la peinture moderne. Il est appelé au service actif le 4 mars et se voit muté, le 18, dans l’intendance à la 22e section des commis ouvriers. Le 13 novembre, il est mis en situation de sursis au titre de la Société française de secours aux blessés, rue François Ier, et affecté au service des ambulances. Le 18 décembre, il part comme ambulancier auprès d’une unité de fusiliers marins sur le font de Nieuport. Cette fin d’année sera déterminante dans ses orientations artistiques. Il rencontre Erik Satie chez Valentine Gross et lance le projet de Parade. Au début de décembre, Varèse lui fait rencontrer Picasso.

1916
Cocteau passe tout l’hiver sur le front de l’Yser. De la fin de mars au début d’avril, il est en permission à Paris. Picasso l’introduit à Montparnasse et, le 1er mai, fait son portrait en uniforme. Le projet de Parade se précise. Cocteau retourne au front du 7 au 30 mai, puis il est en permission à Boulogne-sur-Mer du 1er au 10 juin : il y retrouve Valentine Gross. Le 24, il quitte Nieuport pour une autre affectation à Amiens. Le 29 juillet, il est définitivement de retour à Paris. En septembre, il est détaché au service de propagande du ministère des Affaires étrangères. Il participe activement à la vie littéraire et artistique. Il fréquente Paul Morand, rencontre dans des salons Bakst, Stravinski, Darius Milhaud… Il écrit une des trois préfaces pour le catalogue de l’exposition de peinture française organisée à Oslo en novembre et en décembre. Il contribue à la première exposition de l’association Lyre et Palette qui se tient à Montparnasse.

1917
Diaghilev décide de faire représenter Parade par les Ballets russes et charge Massine de la chorégraphie. Du 19 février au 9 avril, Cocteau et Picasso rejoignent à Rome la troupe des Ballets russes pour la préparation du ballet. Le 10 et le 11 mars, il fait une excursion à Naples et à Pompéi. La première de Parade a lieu le 18 mai au Châtelet. Le public et la critique sont plus surpris que scandalisés par la musique de Satie et par les décors et les costumes de Picasso.  Du 17 août au 15 octobre, il effectue un premier séjour au Piquey, sur le bassin d’Arcachon, avec les Lhote.

1918
Cocteau est à Grasse, dans la villa des Croisset, jusqu’au 10 février. Il y écrit Le Coq et l’Arlequin. Il est introduit par Cendrars aux Editions de la Sirène fondées par Paul Laffitte à la fin de 1917. Le 2 juillet, il est définitivement réformé. Le 12 juillet, il est témoin, avec Apollinaire et Max Jacob, au mariage de Picasso et d’Olga Koklova et, le 7 août, avec Satie au mariage de Jean Hugo et de Valentine Gross. Il vit à Paris chez les Beaumont, du 15 juillet au 12 août, puis séjourne au Piquey jusqu’au début d’octobre. Mort d’Appolinaire le 9 novembre : Cocteau se considère comme son héritier spirituel. Publication de Dans le ciel de la patrie. Le Cap de Bonne-Espérance et Le Coq et l’Arlequin, achevés d’imprimer en décembre aux Editions de la Sirène, ne seront mis en vente qu’en janvier.

1919
L’Ode à Picasso est achevée d’imprimer le 9 février. Du 31 mars au 11 août, la série « Carte blanche » est publiée dans Paris-Midi ; Cocteau y précise son esthétique. En dépit de ses efforts, il est tenu à l’écart de Littérature, revue  pourtant éclectique à ses débuts, dont Aragon, Breton et Soupault lancent le premier numéro en mars. Il se rapproche pour un temps des dadaïstes et donne des poèmes à l’Anthologie Dada, qui paraît le 15 mai. Tandis que Le Potomak sort le 20 mai, Gide fait paraître dans la N.R.F. une « Lettre ouverte à Jean Cocteau », où il critique Le Cap de Bonne-Espérance, Parade et où, à propos du Coq et l’Arlequin, il dénie au poète toute compétence musicale. Cocteau réplique dans Les Ecrits nouveaux de juin-juillet ; Gide riposte dans la même revue en octobre. Cette polémique ferme provisoirement à Cocteau les portes de la N.R.F. Le 8 juin, il assiste à l’hommage à Apollinaire donné à la galerie « L’effort moderne » de Léonce Rosenberg. Il y rencontre Raymond Radiguet, alors âgé de seize ans.

1920
Cocteau se fait le défenseur et le porte-parole des jeunes musiciens qu’on commence à appeler « Le groupe des Six ». Le samedi, ils se réunissent avec des amis comme Jean Hugo ou Paul Morand au restaurant Gauclair, rue de Richelieu. Cocteau participe à la manifestation Dada du 23 janvier, mais il rompra avec le mouvement à la fin d’avril, après que Tzara et Picabia eurent écarté ses poèmes. Le 21 février a lieu la première du Bœuf sur le toit, interprété par un trio de clowns, les Fratellini. En mars et avril, il est avec Radiguet à Carqueiranne, dans le Var. La Noce massacrée paraît en avril ; Poésies (1917-1920) en mai, ainsi que le premier numéro de la revue Le Coq, qu’il réalise avec Radiguet (le quatrième et dernier numéro paraîtra en novembre). Il passe le mois de juin et une bonne partie de juillet à Londres avec Darius Milhaud pour mettre au point la représentation en anglais du Bœuf sur le toit qui doit avoir lieu au Coliseum. Du 10 août à la mi-octobre, il est en vacances au Piquey, où Radiguet le rejoint. Il écrit d’abord une pièce en trois actes restée inédite, Le Baron Lazare, puis avec son ami Radiguet, Paul et Virginie, livret destiné à Satie, et enfin Le Gendarme incompris, pochade que Pierre Bertin montera l’année suivante. Le 9 décembre, Picabia, avec qui il est resté en bons termes, inaugure son exposition à La Cible, rue Bonaparte, devant un public éclectique : un « jazz parisien » est exécuté par Auric, Poulenc et Cocteau ; ce dernier, passionné de « musique américaine », s’essaiera de bonne grâce à la batterie et à la trompette. Parade est repris le 21 décembre au théâtre des Champs-Elysées. Cocteau rappelle que, malgré son amitié pour Tzara et Picabia, il n’est pas dadaïste. A la fin décembre, Escales est publié, illustré par André Lhote.

1921
Au début de l’année, Darius Milhaud fait connaître à Cocteau le Gaya, bar de la rue Duphot appartenant à Louis Moysès, où le pianiste Jean Wiener joue des airs de jazz. Il en fait son quartier général en concurrence avec le Certà, où se rencontrent les dadaïstes. Le 27 février, Radiguet part pour Carqueiranne. Cocteau, retenu par la préparation des Mariés de la tour Eiffel avec la troupe des Ballets suédois, le rejoint le 16 mars. Ils y restent jusqu’à la mi-avril. Cocteau travaille au « Discours du grand sommeil ». Le 18 juin a lieu la première des Mariés de la tour Eiffel au théâtre des Champs-Elysées ; les dadaïstes chahutent la représentation. En août et septembre, il est au Piquey avec Radiguet, qui écrit Le Diable au corps. Cocteau travaille à un « bilan de l’esprit poétique », qui deviendra l’année suivante Le secret professionnel. Il reprend ce thème, expression d’un retour au classicisme sous l’influence de Radiguet, dans deux conférences prononcées, le 8 décembre, à Genève et, le 9, à Lausanne. Pendant l’automne, il entreprend les adaptations d’Antigone et d’Œdipe roi.

1922
Le 10 janvier, rue Boissy-d’Anglas, le bar Le Bœuf sur le toit, tenu par Moysès, ouvre ses portes. Cocteau anime les soirées, Jean Wiener joue du piano. Quelques jours plus tard, fugue de Radiguet à Marseille et en Corse avec Brancusi. Le 15 mars, Vocabulaire est achevé d’imprimer. Le 13 mai, après s’être réconcilié avec Radiguet, Cocteau part avec celui-ci pour le Lavandou.  C’est une période de travail intense : Radiguet corrige les épreuves du Diable au corps et commence Le Bal du comte d’Orgel ; Cocteau écrit Le Grand Ecart, Thomas l’Imposteur et des poèmes qui prendront place dans Plain-chant. Le 20 décembre, répétition générale d’Antigone, monté par Dullin, sur une musique d’Honegger ; cela donne lieu à de nouvelles manifestations dadaïstes.

1923
En février, Cocteau s’isole quelques jours à Chantilly, à l’hôtel du Grand-Condé. En mars, Le Diable au corps est publié. En avril, Cocteau effectue un voyage à Londres et à Oxford avec Radiguet. A l’automne, Plain-chant, la Rose de François, Picasso et en octobre, à une semaine d’intervalle, Le Grand écart et Thomas l’Imposteur sont publiés. A la fin de novembre, Radiguet s’installe à l’hôtel Foyot. Il meurt, le 12 décembre, d’une typhoïde mal soignée. Cocteau, très affecté, n’assistera pas aux obsèques.

1924
En janvier, Cocteau désemparé, est emmené à Monte-Carlo par Diaghilev, Auric et Poulenc qui le poussent à chercher l’oubli dans l’opium. Il élabore un projet de ballet, Le Train bleu. En février, il rencontre pour la  première fois Maurice Sachs à Paris. Il prépare la représentation de Roméo et Juliette, qui aura lieu au théâtre de la Cigale le 2 juin. La mise en scène est de lui, il y tient le rôle de Mercutio ; Sachs figurera lui aussi dans la distribution. La première du Train bleu, avec une musique de Darius Milhaud, a lieu le 20 juin. Cocteau assistera, en décembre, à la représentation du ballet à Londres. A la fin du mois de juin, un recueil de dessins dédié à Picasso sort en librairie. En juillet, Auric conduit chez les Maritain un Cocteau désespérément en quête d’une paix spirituelle. Le même mois, il découvre, dans l’ascenseur qui le mène chez Picasso, le nom d’Heurtebise, ce qui déclenche l’écriture du poème L’Ange Heurtebise. Il part pour Villefranche, à la villa Le Calme, où il restera jusqu’en novembre avec Georges Auric et Marcelle Garros. Il rend visite à Picasso, aux Hugo, aux Croisset, et il apprend à conduire.

1925
En janvier, Poésie 1916-1923 est publié. En février, Cocteau rencontre Jean Bourgoint, puis la sœur de ce dernier, Jeanne. Leur chambre lui inspirera le décor des Enfants terribles. Du 15 mars au 15 avril, pressé par les Maritain, il suit une cure de désintoxication à la clinique des Thermes urbains, rue Chateaubriand. Il dessine beaucoup et écrit des poèmes, qui entreront dans Opéra. Jusqu’au 11 mai, il est en convalescence à Versailles. Cri écrit est publié. D’août à octobre, il est à Villefranche, à l’hôtel Welcome ; Georges Hugnet lui présente Christian Bérard. S’ensuit une période de travail ; Lettre à Maritain, Orphée, Opéra, Œdipe roi. Prière mutilée et l’Ange Heurtebise sont publiés en août. Cocteau entre en correspondance avec Jean Desbordes. Le premier volume de la collection « Le Roseau d’or », créée par Maritain, à laquelle Cocteau est associé, sort en librairie. A Noël, Cocteau se confesse à l’abbé Mugnier ; il assistera à la messe de minuit et fêtera le réveillon avec les Maritain.

1926
Cocteau passera toute l’année à l’hôtel Welcome à Villefranche, où il est arrivé le 31 décembre, il ne fera que de brefs séjours à Paris. Il écrit Oedipus rex pour Stravinski qui, dès la mi-janvier, en entreprend la musique. Des querelles surviennent avec les surréalistes. La première d’Orphée a lieu le 17 juin au théâtre des Arts. En été, Cocteau est à Villefranche ; Jean Desbordes, qui va devenir un substitut de Radiguet, lui rend visite. Le Rappel à l’ordre, Roméo et Juliette et un album de dessins, Maison de santé, sont publiés. Du 10 au 28 décembre, une exposition d’objets et de dessins insolites, Poésie plastique, se tient à la galerie des Quatre Chemins. A la fin de décembre, Cocteau est à l’hôtel de la Madeleine, rue de Surène, probablement avec Jean Desbordes.

1927
En janvier, il est à Montpellier et rencontre Yves Belaval, jeune étudiant avec qui il est en correspondance. Le 30 mai, première d’Oedipus rex, dirigé par Stravinski. Il passe l’été avec Desbordes à Chantilly, puis sur la Côte d’Azur. Orphée et Opéra sont publiés. Le 7 décembre, Cocteau prononce une conférence à l’université des Annales, autour d’ «Orphée » et d’«Œdipe ». Le 16 a lieu la première à l’Opéra du Pauvre matelot, sur une musique de Darius Milhaud. Il termine la Voix humaine et écrit Le Livre blanc. L’opéra Antigone, sur une musique de Honegger, est créé au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le 28 décembre.

1928
Cocteau passe l’hiver avec Desbordes à l’hôtel Welcome de Villefranche. De retour à Paris, il vit à l’hôtel ou chez des amis. Coco Chanel lui prête un appartement rue Cambon. Le Livre blanc (dont un tirage sort sans nom d’auteur), scandalise les Maritain. Au début de juillet, paraît le Mystère laïc, où Cocteau prend la défense de De Chirico attaqué par les surréalistes. Pendant la seconde quinzaine d’août, il est dans les Vosges avec Desbordes, puis il passe le mois de septembre à Villefranche chez Chanel. A la fin de novembre, il entre dans une clinique de Saint-Cloud pour une nouvelle cure de désintoxication dont Chanel assure les frais.

1929
Cocteau séjourne à la clinique jusqu’en avril, date à laquelle Chanel met fin à la cure. Il s’y trouve en même temps que Raymond Roussel. Il dessine, entreprend Opium, et il écrit Les Enfants terribles en dix-sept jours. Sa première sortie a lieu le 19 mars pour la lecture de la Voix humaine à la Comédie-Française. En avril il habite dans un hôtel de la rue Bonaparte. En mai, il est à Villefranche, puis à Roquebrune avec Desbordes. Le 4 juin à Paris, il est témoin, avec Gaston Gallimard, René Crevel et Marie Laurencin, au mariage de Jouhandeau et de Caryathis. En juillet, Les Enfants terribles sont publiés ; la critique les accueillera favorablement. Il passe août et septembre avec Desbordes à Roquebrune : l’atmosphère tendue est émaillée de disputes. Desbordes finit par s’en aller. A Paris, en automne, le poète vit au Madeleine-Hôtel-Palace. Il enregistre sur disque des poèmes d’Opéra. Le 11 décembre, il assiste, au théâtre des Champs-Elysées, au concert donné pour le dixième anniversaire du groupe des Six. Le 25 décembre, Jeanne Bourgoint se suicide ; Cocteau est alors à Hyères avec Auric, chez les Noailles. On envisage de faire un dessin animé, que commanditerait Charles de Noailles.

1930
La répétition générale de La Voix humaine à la Comédie-Française donne lieu à une manifestation d’hostilité d’Eluard. Le 15 avril commence le tournage du Sang d’un poète. Il se poursuivra jusqu’en septembre. Le 4 juin, au théâtre Pigalle, a lieu la représentation de Cantate, musique d’Igor Markevitch, texte de Cocteau. En août et en septembre, Cocteau passe l’automne à Toulon en compagnie de Desbordes et de Bérard ; nombreuses soirées chez les Bourdet, villa Blanche. En décembre, Opium, journal d’une désintoxication sort en librairie.

1931
Le 1er mai, Cocteau publie dans la N.R.F. un article sur le roman de Desbordes paru en février, Les Tragédiens. En été, il est à Toulon avec Bérard et Desbordes. Une fièvre typhoïde contractée à la fin d’août le condamne à quarante jours de clinique. Il part ensuite en convalescence chez les Bourdet, villa Blanche. Le 15 novembre, il est de retour à Paris. Il s’adonne à nouveau à l’opium.

1932
Le 20 janvier, présentation du Sang d’un poète au Vieux-Colombiers. Essai de critique indirecte est publié dans la seconde quinzaine d’avril, suivi en juin de Morceaux choisis-Poèmes. Au printemps commence une liaison avec Natalie Paley (nièce du tsar Alexandre III, née en 1905), que Cocteau rencontre à une projection du Sang d’un poète.  Il l’a quitte au début de l’été pour aller avec Desbordes à Saint-Mandrier. Il achève La Machine infernale, pièce mise en chantier au début de l’année et que Jouvet décidera de monter en décembre. Il garde une relation épistolaire avec Natalie. Il lui reprochera de s’être fait avorter d’un enfant de lui – ce qu’elle ne cessera de nier. Leur liaison prendra fin définitivement à l’automne.

1933
Marcel Khill, rencontré au cours des vacances de 1932, devient le secrétaire de Cocteau. Le Fantôme de Marseille paraît dans la N.R.F. de novembre. En décembre, Jean Desbordes quitte définitivement Cocteau. Le poète suit une nouvelle cure de désintoxication.

1934
Le 26 mars, Soixante dessins pour Les Enfants terribles est achevé d’imprimer. Le 9 avril a lieu la générale de La Machine infernale à la Comédie des Champs-Elysées. Cocteau tient le rôle de la Voix et introduit Marcel Khill dans la distribution. En été, il séjourne à Villars-sur-Ollon avec Marie-Laure de Noailles. A l’automne il achève une nouvelle pièce, Les Chevaliers de la Table ronde et dessine. Il voit souvent Ramuz. Mythologie, illustré par De Chirico, est publié. Se lie avec Louise de Vilmorin. Quitte la rue Vignon pour le Madeleine-Palace-Hôtel, place de la Madeleine.

1935
Du 19 janvier au 11 mai, « Portraits-souvenirs » paraît le samedi dans Le Figaro et sortira en volume en janvier 1936. Au printemps, Cocteau est sur la Côte d’Azur, d’abord à Juan-les-Pins, puis, avec Khill, près d’Antibes; enfin, il séjournera seul à Villefranche. Il a du mal à travailler. En juillet, il effectue une croisière sur Le Lancelot avec Khill, de Villefranche à Toulon, pour un reportage qui paraît dans Paris-Soir, en août, sous le titre « Retrouvons notre enfance ». A Paris, il s’installe à l’hôtel de Castille, 37 rue Cambon. Il passe la fin de l’année au Mas de Fourques chez Jean Hugo.

1936
Répondant à un projet de Jean Prouvost, directeur de Paris-Soir, Cocteau, accompagné de Khill, fait, du 29 mars au 17 juin, le « Tour du monde en 80 jours », à l’instar du héros de Jules Verne. Le reportage paraît dans Paris-Soir du 1er août au 3 septembre, puis en volume, au début de 1937, sous le titre Mon premier voyage. Une réconciliation de Cocteau avec Aragon s’amorce par l’entremise de Gide. Le poète passe Noël au château de Briacé.

1937
Il découvre dans un cabaret l’ancien champion du monde de boxe Al Brown, devenu musicien. Avec l’aide de Chanel, il veut le désintoxiquer et le ramener à la compétition. Le 2 mars, début d’une collaboration à Ce soir qui durera jusqu’en juin 1938 : « Articles de Paris », une rubrique sans thème fixe. A une audition des élèves de Raymond Rouleau pour Œdipe roi, il remarque Jean Marais, à qui il fait donner le rôle du Chœur. La générale de la pièce a lieu le 12 juillet au théâtre Antoine. Le 9 septembre, à la salle Wagram, Al Brown, pour son retour sur le ring, triomphe par K.O. de son adversaire au premier round. Il reprendra son titre de champion du monde le 4 mars 1938, puis, sur les conseils de Cocteau, abandonnera la boxe. Le 14 octobre a lieu, au théâtre de l’œuvre, la première des Chevaliers de la Table ronde. Jean Marais tient le rôle du Galaad. En décembre, Cocteau effectue un voyage avec Marcel Khill à Marseille et dans l’Italie du Nord. En décembre, l’académie Mallarmé est fondée : Cocteau est immédiatement appelé à siéger.

1938
En février, Cocteau séjourne à Montargis avec Jean Marais. Il écrit Les Parents terribles en huit jours. En avril, il s’installe avec l’acteur au 9 place de la Madeleine. En juillet, il l’emmène à Toulon chez la décoratrice Coula Roppa, fumeuse d’opium ; après une descente de police chez leur hôtesse, tous trois sont inculpés de trafic de stupéfiants. En août, Cocteau est à Saint-Tropez, à l’hôtel du Soleil, puis à Pramousquier. Il écrit en septembre le poème L’Incendie, dédié à  Jean Marais. La première des Parents terribles a lieu le 14 novembre au théâtre des Ambassadeurs. S’ensuit une polémique avec le conseil municipal de Paris qui prétend interdire les représentations.

1939
Le 4 janvier, Les Parents terribles quittent les Ambassadeurs pour les Bouffes-Parisiens. Grand succès de la pièce et des interprètes (Jean Marais et Yvonne de Bray) auprès du public. Le 10 février, l’affaire de Toulon passe en justice, et Cocteau est condamné à une lourde amende. En mars, Enigme est publié. Le 8 avril, le poète emmène Jean Marais, malade, au Piquey. Pendant ces vacances, Cocteau écrit La Fin du Potomak. En mai, à l’hôtel du Parc, à Versailles, il écrit La Machine à écrire en cinq jours. A la déclaration de la guerre, le 3 septembre, il est à Saint-Tropez avec Jean Marais. Alors que ce dernier est mobilisé, il reste quelque temps au Ritz auprès de Chanel, puis, à bord du Scarabée, il écrit Les Monstres sacrés. A Noël, il va voir Jean Marais dans son unité.

1940
Le 17 février a lieu la première des Monstres sacrés au théâtre Michel. La pièce passera ensuite aux Bouffes-Parisiens avec, en lever de rideau, Le Bel indifférent, interprété par Edith Piaf. La fin du Potomak est publiée. Cocteau, qui, depuis son retour à Paris, habite à l’hôtel du Beaujolais, loue un appartement au 36 rue de Montpensier, près des jardins du Palais-Royal. Ce sera sa dernière adresse parisienne. En juin, l’exode le conduit à Perpignan, où Jean Marais, démobilisé, le rejoint et où il apprend la mort de Marcel Khill. Retour à Paris en septembre. En décembre, il commence une dernière cure de désintoxication.

1941
S’il publie en juin un recueil de poèmes, Allégories, Cocteau se consacre surtout au théâtre. En février, il dessine les décors et les costumes de La main passe de Feydeau. Le 29 avril, la première de La Machine à écrire au théâtre Hébertot suscite de violentes attaques dans les milieux de la collaboration : Rebatet et Laubreaux se déchaînent dans Je suis partout. Jean Marais administre une correction à Laubreaux un soir de juin. La pièce est interdite. En juillet paraît l’album de Dessins en marge des « Chevaliers de la Table ronde ». En août, dix-sept jours suffisent à Cocteau pour écrire Renaud et Armide. En octobre, la reprise des Parents terribles au théâtre du Gymnase est suivie de l’interdiction de la pièce. Le 7 décembre, à nouveau autorisée, elle est chaleureusement applaudie. A la fin de l’année, Cocteau engage comme secrétaire Paul Morihien.

1942
Le 19 janvier, Renaud et Armide est accepté par la Comédie-Française, mais refusé par le ministre de tutelle Carcopino. Durant toute l’année, il rencontre fréquemment Picasso, Eluard et Lise Deharme. Il voit Ernst Jünger, alors en poste à Paris. Commence alors, pour le poète, une période de travail intensif pour le cinéma : adaptation et dialogues de La Comédie du bonheur pour Marcel Lherbier et dialogues du Lit à Colonnes pour Roland Tual, mécontent de ceux qu’avait écrits Spaak. Au début de mars, Cocteau commence à rédiger un Journal. Ami de longue date du sculpteur allemand Arno Breker, il assiste le 15 mai à l’inauguration de son exposition à l’Orangerie et, le 23, publie dans Comoedia un « Salut à Breker » qui lui sera beaucoup reproché. Pour le cinéma, il achève le scénario de L’Eternel retour et récrit celui du Baron fantôme pour Serge de Poligny.

1943
Mme Cocteau meurt le 20 janvier. Le 27 janvier, Antigone triomphe à l’Opéra. Le surlendemain a lieu un récital de poésie avec Serge Lifar au théâtre Edouard VII. Le 6 février, Cocteau s’enthousiasme à la lecture du Condamné à mort de Genet, qu’il rencontre le 15 du même mois. Le 14 avril a lieu la première de Renaud et Armide à la Comédie-Française avec Marie Bell, Mary Marquet, Maurice Escande et Jacques Dacquemine. La pièce connaît un grand succès, mais la presse collaborationniste, qui ne désarme pas, s’acharne contre l’auteur. Le 20 avril, Cocteau part pour Nice où se tourne L’Eternel retour. Quelques jours après son arrivée, il est atteint d’une pneumonie, rapidement enrayée. En août, il joue le personnage de Musset dans le film de Sacha Guitry La Malibran. Il travaille à son étude sur le Greco, qui paraîtra à la fin de l’année et à la pièce qui deviendra L’Aigle à deux têtes. Le  27, il est agressé au bas des Champs-Elysées par des membres du service d’ordre qui encadre un défilé de la Légion des volontaires français engagée sur le front russe aux côtés des Allemands. En octobre, L’Eternel retour est projeté dans trois salles. Jean Marais triomphe. Cocteau part en compagnie de ce dernier et de Paul Morihien pour Tal Moor, près de Pont-Aven, où ils sont les hôtes des Masson-Détourbet. Il y termine L’Aigle à deux têtes.

1944
Il achève Léone, le poème auquel il travaille depuis 1941. Le projet de La Belle et la Bête prend forme. La mort de Giraudoux, le 31 janvier, et surtout celle de Max Jacob à Drancy, le 5 mars, l’émeuvent profondément. Cocteau avait en effet déployé tous ses efforts pour obtenir la libération de son ami. Le 12 avril, il refuse de succéder à Vaudoyer comme administrateur de la Comédie-Française. Le 10 juin, quatre jours après le débarquement allié en Normandie, il assiste à la Loggia, quai Voltaire, à une conférence de Sartre suivie d’un débat : Le Style dramatique. Au début de juillet, la sœur de Desbordes demande à Cocteau d’intervenir pour sauver son frère résistant emprisonné. Ce qu’il fait, mais en vain : Jean Desbordes est exécuté le 5. Après la libération de Paris le 25 août, Jean Marais s’engage dans la division Leclerc et part le 7 septembre. Dès la fin d’août, l’attitude de Cocteau pendant l’Occupation soulève des critiques. Le 23 novembre, il comparaît devant le Comité d’épuration du cinéma, où il est acquitté en quelques minutes. Il en ira de même devant le Comité des écrivains.

1945
En janvier ont lieu des lectures de Léone par Cocteau lui-même, de Plain-chant par Maria Casarès, de L’Ange Heurtebise par Marcel Herrand. En avril, le poète écrit la dernière page du Journal qu’il avait ouvert en mars 1942. Il commence avec Georges Hugnet à écrire des poèmes sur des nappes du restaurant Le Catalan. Il écrit pour Bresson les dialogues des Dames du bois de Boulogne. Du 26 août au 13 septembre a lieu le tournage de La Belle et la Bête à Rochecorbon, près de Tours. La fin du tournage se fait en studio et au château de Raray, près de Senlis. Souffrant d’urticaire et de phlegmons depuis le début d’octobre, il doit être hospitalisé à l’hôpital Pasteur. Il y écrit La Crucifixion. Il sort le 1er novembre et reprend le tournage le 6. Bien que souffrant encore d’abcès, il y travaille jusqu’à la fin de l’année. Il tient le journal de ce tournage, qui paraîtra en janvier 1947 (La Belle et la Bête. Journal d’un film).

1946
Le tournage est terminé le 11 janvier. Cocteau se met au montage. Le 8 février, Les Parents terribles sont repris au théâtre du Gymnase. A la mi-février, Darbon emmène le poète à Morzine alors que l’on craint pour lui la jaunisse. Il y commence La Difficulté d’être. Le 25 juin est créé, au théâtre des Champs Elysées, son ballet Le Jeune Homme et la Mort, dansé par Jean Babilée. Du 25 juillet au 24 août, Cocteau est en cure à La Rocheposay, dans le Poitou. Les Vilmorin et Jean Marais lui rendent visite. Le poète y écrit « Un ami dort » et travaille au scénario de Ruy Blas. En octobre, La Cruxifixion est publiée et L’Aigle à deux têtes est créé à Bruxelles. La Belle et la Bête sort à Paris, aux cinémas Colisée et Madeleine. Le film, qui n’a pas été distingué au festival de Cannes en septembre, obtiendra en décembre le prix Louis-Delluc. Toujours en décembre, le premier volume des Œuvres complètes de Cocteau est publié aux éditions Marguerat ; le onzième et dernier paraîtra en mars 1951. Le 22 décembre, L’Aigle à deux têtes est joué au théâtre Hébertot avec, pour acteurs, Edwige Feuillère et Jean Marais.

1947
En janvier, Cocteau achète avec Jean Marais une Maison à Milly-la-Forêt ; ils y emménagent en novembre. S’il écrit L’Impromptu du Palais-Royal en avril et dessine la série des Licornes en juillet, l’activité du poète, en cette année 1947, est surtout cinématographique : au printemps, il suit le tournage de La Voix humaine par Rossellini, avec pour interprète Anna Magnani, et celui de Ruy Blas ; en octobre celui de L’Aigle à deux têtes et, à la fin de l’année, il écrit le scénario d’Orphée. Il publie La Difficulté d’être. En juillet, un jeune peintre venu de Lorraine, Edouard Dermit lui est présenté à la librairie de Paul Morihien. Il l’embauche comme aide-jardinier à Milly et fait bientôt de lui son chauffeur.

1948
Le cinéma, pour Cocteau, est toujours au premier plan. Ruy Blas sort en février, L’Aigle à deux têtes en septembre ; en mai et en juin a lieu le tournage des Parents terribles, qui sortiront en novembre. Il se met à la tapisserie avec le carton de Judith et Holopherne en septembre. Poésie 1946-1947 est publié, ainsi qu’un conte pour enfants, Drôle de ménage. A la fin de décembre, il part pour New York, où il va présenter L’Aigle à deux têtes, comme il l’a déjà fait à Londres en juin.

1949
Il commence la Lettre aux Américains, qui paraîtra dans l’année. Du 6 mars au 24 mai à lieu une tournée théâtrale en Egypte, au Liban et en Turquie avec Les Parents terribles, La Machine infernale, Les Monstres sacrés. Jean Marais, Edouard Dermit, Yvonne de Bray et Gabrielle Dorziat font partie de la troupe. Le Journal de cette tournée paraîtra en décembre sous le titre Maalesh. En mai sort en librairie son Théâtre de poche. En été, Cocteau adapte la pièce de Tennessee Williams Un Tramway nommé désir et organise le Festival du film maudit à Biarritz. D’août à novembre a lieu le tournage d’Orphée, que Cocteau termine avec une crise de sciatique. En décembre débute le tournage des Enfants terribles par Melville. Par l’intermédiaire de Nicole Stéphane, le poète fait la connaissance de Francine Weisweiller, qui a alors trente-trois ans. Il naît une amitié immédiate et durable. Cette année est marquée par une première reconnaissance officielle : le 3 septembre, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.

1950
Le 1er mars, Orphée est présenté à la Semaine du cinéma de Cannes, obtient en septembre à Venise le prix international de la critique, et sort à la fin du mois à Paris. En Allemagne, la présentation du film par Cocteau est un triomphe. En mai, il séjourne pour la première fois à Saint-Jean-Cap-Ferrat dans la villa des Weisweiller, Santo Sospir, qui deviendra sa troisième demeure. Il y entreprend la décoration des murs. Le 14 juin est créé à l’Opéra le ballet Phèdre, sur une musique d’Auric, avec une chorégraphie de Lifar, dont Cocteau a fait le livret, le décor et les costumes. En juillet ont lieu les premières démarches de Cocteau pour l’adoption d’Edouard Dermit ; ce projet d’adoption n’aboutira pas avant sa mort. En été, le poète effectue un voyage en Italie avec Francine Weisweiller et Edouard Dermit, et ils s’arrêtent au Festival de Venise. A la fin de l’année, il commence à peindre sur chevalet. Il devient un personnage vedette et, jusqu’à sa mort, il sera de plus en plus sollicité pour présider des manifestations, écrire des préfaces, illustrer des programmes, faire des affiches…

1951
Au début de l’année, il enregistre avec André Fraigneau des entretiens radiophoniques et des entretiens sur le cinéma, Entretiens autour du cinématographe. En avril, il est élu président du Syndicat des auteurs et compositeurs de musique. Il effectue un voyage en Italie avec Francine Weisweiller et Edouard Dermit : Rome, la Calabre et la Sicile. En juillet, il commence un nouveau journal, Le Passé défini, à l’instigation d’Edouard Dermit. En août, ce dernier devient son légataire universel. Cocteau a beaucoup peint depuis le début de l’année. Il entreprend une autre pièce, Bacchus. A la fin de juillet, il séjourne à nouveau à Santo Sospir. Dans la seconde quinzaine d’août, il fait une croisière jusqu’aux côtes italiennes à bord du yacht de Francine Weisweiller L’Orphée II. Du 11 au 26 septembre, il est à Paris et à Milly, puis, jusqu’au 30 octobre, à Santo Sospir, où il s’adonne à la peinture, rencontre plusieurs fois Picasso, travaille à Bacchus et prépare le film La Villa Santo Sospir. Le 23 décembre a lieu la première de Bacchus au théâtre Marigny. Dans une « Lettre à Jean Cocteau », que publie Le Figaro littéraire du 29, Mauriac attaque la pièce et accuse son auteur de blasphème. Cocteau réplique le 30, dans France-Soir, par l’article « Je t’accuse ! ».

1952
En janvier, Cocteau fait une tournée en Allemagne : Hambourg, Düsseldorf, Augsbourg, Munich. Il présente Orphée et La Villa Santo Sospir. A Munich, ouverture d’une exposition de dessins, de peintures et de tapisseries. En février, il arrive à Santo Sospir épuisé. Il voit Colette et Matisse. Il écrit Journal d’un inconnu. A la fin d’avril, il retourne à Paris et à Milly pour préparer la première d’Oedipus rex qui a lieu au théâtre des Champs-Elysées, l’orchestre étant dirigé par Stravinski ; les réactions du public sont mitigées. Du 10 juin au 1er juillet, il effectue un voyage en Grèce avec Francine Weisweiller et Edouard Dermit. Il écrit Le Chiffre sept. En septembre, à Berlin, se tient une exposition d’œuvres graphiques. Il rend visite à Arno Breker. Le Chiffre sept est publié.

1953
Exposition de ses peintures, dessins et tapisseries à la galerie des Ponchettes à Nice. Dans la seconde quinzaine de mars, Cocteau prononce des conférences à Turin, Gênes, Milan et Rome ; Francine Weisweiller et Dermit l’accompagnent. En avril, il est à Cannes pour le Festival ; président du jury, il doit assister à toutes les projections. Appogiatures est publié. Le 9 mai, Cocteau est à Munich pour la création du ballet La Dame à la licorne. Le 27, il est à Rome pour une exposition Picasso. Entre-temps, il séjourne à Milly et Paris. Il retrouve Santo Sospir en juin, passe le mois de juillet en Espagne avec les Weisweiller et Edouard Dermit : Barcelone, Madrid, Tolède, Malaga, Torremolinos, Grenade, Gibraltar. Il assiste à des corridas, rencontre Manolete, Dominguin, découvre le flamenco. En septembre et en octobre, il travaille aux poèmes qui entreront dans Clair-obscur. Il assiste, au théâtre des Champs-Elysées, au concert des Six, pour lequel il a écrit une présentation. Il part à Madrid pour la sortie espagnole du film Orphée. Il y rencontre Dali.

1954
Il passe la première quinzaine de janvier à Milly et à Paris, où il a de nombreux rendez-vous à la radio et au théâtre. Il passe quelques jours à Santo Sospir puis, en février et mars, il est en Autriche, à Kitzbühel, pour une cure de repos. Du 18 mars au 9 avril, il est à Cannes pour le Festival du film, dont il préside le jury. Du 28 avril au 9 mai, il est en Espagne (à Madrid, à Séville), où il assiste à des corridas. De retour à Paris et à Milly, il travaille à La Corrida du 1er mai. Le 10 juin, il est victime d’un infarctus du myocarde. Il est hospitalisé jusqu’au 16 juillet. Il est en convalescence à Santo Sospir, où il peint et corrige les épreuves de Clair-obscur, qui paraîtra à la fin d’octobre. Il s’intéresse aux soucoupes volantes et aux extraterrestres. En novembre, il retourne à Paris et à Milly. Il s’initie aux techniques du pastel.

1955
Le 11 janvier, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Candidat à l’Académie française pour la succession de Jérôme Tharaud, il est élu le 3 mars au premier tour de scrutin. La réception a lieu le 20 octobre ; c’est André Maurois qui répond à son discours. Cocteau est à Paris pour l’exposition de ses pastels qui a lieu en février à la galerie Lucien Weill, rue Bonaparte. Puis il fait un séjour à Saint-Moritz avec Francine Weisweiller. En mai a lieu à Rome une exposition de cent quatre-vingts de ses pastels. En été, il séjourne à nouveau à Santo Sospir.

1956
En mars, il est à Bruxelles pour la représentation de La Machine à écrire dans une version inédite, qui sera ensuite donnée à la Comédie-Française. Il commence la décoration de la chapelle Saint-Pierre à Villefranche. En avril, Poèmes 1916-1955 est publié. Le 12 juin, il est reçu docteur honoris causa de l’Université d’Oxford. De retour à Paris, il enregistre Les Entretiens sur le musée de Dresde avec Aragon, qui paraîtront l’année suivante. Puis il séjourne à Santo Sospir jusqu’au début de novembre. Du 27 septembre au 31 octobre a lieu l’exposition Images de Jean Cocteau à la galerie Henri Matarasso à Nice et un album est publié. Cocteau continue la décoration de la chapelle Saint-Pierre et entreprend celle de la salle des mariages de la mairie de Menton. A la fin de novembre, il regagne pour un mois Paris et Milly. Il est de retour à Santo Sospir pour Noël.

1957
La décoration de la chapelle Saint-Pierre est achevée. Il est initié à la poterie à l’atelier Madeline-Jolly de Villefranche. De nouvelles recherches poétiques aboutiront à Paraprosodies. Il assiste avec Picasso à des corridas à Nîmes et à Arles.

1958
Sa sœur Marthe meurt le 13 janvier. A Santo Sospir, il travaille au Testament d’Orphée malgré des difficultés de financement. Paraprosodies précédées de 7 dialogues est publié. Il séjourne à Rome à la mi-avril, à Paris au début de juin, puis à Vienne pour Oedipus rex dirigé par Karajan et à Venise en juillet avec Edouard Dermit et Francine Weisweiller. Il fait un stage dans une verrerie de Murano. En novembre, il est à Paris pour l’ouverture, le 14, à la galerie Lucie Weill d’une exposition de ses poteries. A la fin de décembre, il est de retour à Santo Sospir.

1959
A Nice, au cours des répétitions de La Voix humaine, il est frappé d’une crise d’hémoptysie qui le condamne à une immobilité totale. Il ne peut assister à la représentation du ballet La Dame à la licorne, à l’Opéra, ni à celle de La Voix humaine avec Denise Duval à l’Opéra-Comique. C’est couché qu’il commence à écrire Le Requiem. Poésie critique I est publié ainsi que Gondole des morts. Il est en convalescence à Saint-Moritz. Il retourne à Paris pour la première exposition de peinture d’Edouard Dermit, qui se tient à la galerie Montmorency. A Milly, il entreprend la décoration de la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples, puis il séjourne à Santo Sospir jusqu’au début de juillet. En septembre, il tourne Le Testament d’Orphée aux Baux-de-Provence puis à Nice. Le 4 novembre, il est à Londres pour Oedipus rex dirigé par Stravinski, où il reprend le rôle du Chœur. Puis il décore la chapelle Notre-Dame-de-France. De retour à Milly le 21 novembre, il est pour Noël et à la fin de l’année à Santo Sospir.

1960
Poésie critique II est publié. Le 10 février, Le Testament d’Orphée est projeté en salle à Paris. Séjour à Saint-Moritz. Le 23 avril a lieu l’inauguration de la chapelle de Milly, suivie, le 6 mai, de celle de Londres. En juin, Cocteau est élu prince des poètes pour succéder à Paul Fort. C’est le début d’attaques et de polémiques qui empoisonneront son été. Le point final sera donné par Aragon qui, dans Les Lettres françaises du 20 octobre, approuve la désignation de Cocteau. En juillet et août, il est en Espagne avec Edouard Dermit, Francine Weisweiller, Carole Weisweiller, sa fille, et Emilienne, la sœur d’Edouard. Le 31 juillet, il assiste à Cordoue à une corrida de Dominguin. Le 3 octobre, à l’Athénée, a lieu la première de Cher menteur, la pièce de Jérôme Killty qu’il a adaptée. Après un passage en Suède, il séjourne à Varsovie où il présente Le Testament d’Orphée. En novembre et décembre, au musée des Beaux-Arts de Nancy, a lieu l’exposition de l’ensemble de son oeuvre graphique. Dans la seconde quinzaine de décembre, il est à Santo Sospir.

1961
En janvier et en février, Jean Delannoy réalise La Princesse de Clèves, dont Cocteau avait écrit un découpage en 1944 ; à la même époque, le poète commence les Innamorati, dessins aux crayons de couleur, et Cérémonial espagnol du phénix suivi de La Partie d’échecs est publié. Le 1er mars, il est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur. D’avril à mai, il est à Marbella. Il fait six panneaux, peint des galets et écrit Le Cordon ombilical. Du début d’août à la fin de septembre, il effectue un second séjour à Marbella. Le reste de son temps se partage entre Paris, Milly et Santo Sospir. Il travaille au Requiem et, à la fin de l’année rédige une seconde version de L’Impromptu du Palais-Royal. Le 3 décembre, son frère Paul meurt.

1962
Malgré sa mauvaise santé, son activité est intense. En janvier, il passe quelques jours à Munich pour présenter L’Aigle à deux têtes. En mars, il suit les répétitions de L’Impromptu du Palais-Royal, qui sera créé le 1er mai à Tokyo, simultanément à une exposition qui lui est consacrée. A la fin du mois,  Requiem est publié. De juin à septembre, il réside à Santo Sospir, décore le théâtre en plein air de Cap-d’Ail. Le 16 août, il assiste à une corrida à Fréjus avec les Picasso. En septembre, il est à Metz : il fait douze vitraux et crée les décors et les costumes pour Pelléas et Mélisande, qui sera repris à Barcelone en février 1963. Enfin, la première semaine d’octobre,  il est à Vevey pour enregistrer Histoire du soldat avec Markevitch. La fin de l’année se partage entre Milly et Santo Sospir. Picasso 1916-1961 est publié avec vingt-quatre lithographies du peintre.

1963
Il est à Paris et à Milly en janvier et février. Il reçoit la visite d’Arno Breker, qui sculpte son buste et celui de Jean Marais. Il regagne ensuite Santo Sospir, qu’il va quitter définitivement après une brouille avec Francine Weisweiller. En avril, il enregistre à Milly, pour la télévision, un Portrait souvenir. Le 22, une crise cardiaque plus grave que les précédentes entraîne son hospitalisation. Il passera sa convalescence à Marnes-la-Coquette chez Jean Marais. Il ne peut assister à la représentation de L’Impromptu du Palais-Royal à la Comédie-Française ni, à l’Opéra-Comique, à celle de Pelléas et Mélisande, avec ses décors et ses costumes. Il rentre à Milly le 5 juillet. Le 11 octobre, il meurt une heure après avoir appris la disparition d’Edith Piaf. Embaumé le 12, il est inhumé le 16 à Saint-Blaise-hors-les-Murs, à Milly et, le 24 avril 1964, il sera transféré à l’intérieur de la chapelle.