Olivier de CAYRON s'entretient avec Claude GACHE

Quand je vous ai demandé, Olivier, quels étaient les artistes qui vous ont plus particulièrement marqué, vous m’avez cité parmi quelques autres Géricault et plus précisément le Radeau de la Méduse. J’ai pensé alors que la référence n’était pas évidente au regard de votre travail ; pouvez-vous expliquer ce choix ?

C’est un choix d’émotion, un souvenir d’enfance : une visite au Louvre. C’est une œuvre qui nous conduit naturellement à l’expressionnisme allemand, période à laquelle j’ai été particulièrement attaché. Par ailleurs, Le radeau de la Méduse reflète une problématique humaine à laquelle nous ne pouvons être insensible. Mais il faut aussi reconnaître que le choix d’une référence en tant que telle n’existe plus dès lors que l’on en a conscience. Je tiens aussi à ajouter que ce qui m’intéresse dans une œuvre plastique c’est la seconde lecture qui peut en être faite. Sincèrement, je vis une œuvre abstraite de la même manière qu’une œuvre figurative. Lorsqu’une œuvre atteint le niveau d’une œuvre d’art, la narration disparaît. Je peux avoir la même lecture devant une œuvre de Soulages ou d’Hartung que devant Le radeau de la Méduse.

En revanche, vous n’avez pas évoqué des artistes comme Sigmar Polke alors que la parenté semble plus manifeste, pourquoi ?

Il est vrai que je suis plus proche plastiquement de Sigmar Polke par l’utilisation d’éléments contemporains, des photos par exemples ainsi que le recours à des séquences, à des répétitions qui permettent d’envisager une plastique plus contemporaine.

Venons-en plus directement à votre travail, vous insistez sur les interventions manuelles (découpages, ponçage, etc.). Les considérez-vous comme des étapes obligées de la mise en œuvre d’une idée, d’un concept ou comme une phase à part entière de votre création ?

Les interventions restent importantes, peut-être essentielles dans ma création. Elles constituent le lien entre une idée, une image, une manière de procéder intellectuellement et une réalisation plastique. Elles s’avèrent le corps de la création, ce sans quoi l’œuvre resterait un projet. L’intervention manuelle me permet aussi de ralentir, de me poser les questions inhérentes à une étape donnée de mon travail ; de les envisager autrement, de les explorer et de les dépasser. De ce fait, elles se révèlent une phase à part entière dans ma création.

Sans être un coloriste, vous accordiez une place non négligeable au travail sur les couleurs, cette préoccupation semble s’être estompée au profit de recherches sur les matériaux. Comment s’est opéré ce glissement ?

Paradoxalement, la couleur, c’est aussi quand il n’y en a pas. Elle arrive lorsque le spectateur s’approprie l’œuvre. Lorsque ayant trouvé un équilibre dans son regard, il se permet de percevoir.

A l’origine de vos œuvres, il y a des images, pouvez-vous préciser sur quels critères s’opère leur sélection ?

Je m’arrête sur une image, une photo, un collage comme un collectionneur ou un amateur s’arrête sur ce qu’il est sur le point d’acquérir. Il sait à ce moment précis que cet objet lui correspond. Mon travail commence à ce moment-là.

Vous affirmez aimer la peinture narrative, pouvez-vous alors nous dire « quelle histoire » raconte votre œuvre plastique aujourd’hui ?

Elle ne raconte pas de grandes histoires, mais des instants, des moments furtifs. Je ne travaille pas dans l’esprit de réaliser des fresques mais je souhaite que ces moments précis soient les plus forts possibles. La plastique en revanche raconte ma contemporanéité.

Pour conclure sur cet aspect, estimez-vous que votre travail actuel rompt avec la phase d’abstraction qui a précédé ?

Je n’ai plus d’idée précise sur ce qu’est l’abstraction. Je cherche plutôt à travailler sur le signe ; dans le sens d’une évocation qui soit le moins personnelle possible.

On peur penser que l’outil informatique impose la maîtrise d’une technique complexe ; vous, vous semblez davantage procéder par tâtonnements et par pragmatisme. Est-ce délibéré ? Pourquoi ?

Si je ne procédais pas par tâtonnement, je ne serais pas un artiste. Le tâtonnement est indispensable. Cette forme d’esprit est primordiale. Serait-il possible de dire : la qualité d’un artiste est liée à la qualité de son tâtonnement ?

En utilisant ces outils contemporains, avez-vous, Olivier, le sentiment d’être plus « moderne » ? Ce concept a-t-il d’ailleurs un sens pour vous ?

Plus moderne ? Je ne sais pas. Plus en phase avec ma période de vie et ses propositions technologiques, certainement. En utilisant de nouveaux outils, oui bien sûr. Je pense que le rôle de l’artiste dans nos sociétés est d’être le lien entre l’évolution technologique et certaines productions oniriques, phantasmatiques ; travail qui conduit à l’œuvre d’art. Dans le cas contraire, l’artiste risque de rester enfermé dans une problématique personnelle qui n’intéresse que lui.

Enfin, vous êtes depuis une quinzaine d’année le maître d’œuvre d’une revue d’art contemporain Art Scènes ; comment s’articule cette activité avec votre travail d’artiste ?

Art Scènes existe depuis vingt ans, c’est pour moi mais aussi pour tous ceux qui m’accompagnent dans cette aventure, l’occasion de rencontrer d’autres artistes utilisant parfois des supports très différents : l’écriture, la musique, la chorégraphie, le théâtre… Il s’agit d’un lieu de réflexions et d’échanges loin des modes et des courants convenus. Il est donc évident que cette activité nourrit ma propre démarche artistique.
 

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Michel Broomhead est Expert à la Chambre Européenne des Experts-Conseil en Oeuvres d'Art (C.E.C.O.A.) dont la vocation est d'être un gisement de compétence technique et humaine exploitable par les gouvernements, les organismes nationaux et européens, les entreprises publiques et privées et les particuliers, pour des missions pointues d'expertise ou d'arbitrage, dans des domaines précis, que ce soit à des fins judiciaires ou à titre d'audit.

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