Lucien COUTAUD : Essai sur l'histoire des "Dormeurs"

Les premiers dormeurs, nous les découvrons dans les oeuvres de la période rhénane de l'artiste, dès les débuts de sa création picturale. On peut en retrouver la genèse dans sa correspondance avec André Fraigneau à l'époque de leur service militaire en Rhénanie, correspondance conservée dans sa plus grande partie à la Bibliothèque de Nîmes. Le sommeil et l'oubli, l'évasion dans le monde des rêves, étaient à n'en pas douter pour Coutaud le remède majeur à la tristesse du quotidien, l'ennui militaire. André Fraigneau hospitalisé à Coblence n'écrivait-il pas à Coutaud en date du 31 mai 1927 dans une lettre enrichie de deux dessins, dont l'un le représente allongé, sans force : "Bien inappréciable, on m'a fait l'aumône de la solitude. Insolite au régiment, insolite à l'infirmerie, insolite au milieu des camarades, je passe, je viens et je vais dans une espèce de courant fluidique parallèle à la vie et qui ressemble à l'automatisme du sommeil. La solitude m'a été donnée par un séminariste infirmier. Elle se compose d'une chambre mansardée d'une rigueur émouvante, mise à ma disposition chaque jour. J'y lis seulement Platon, Pascal et Barrès. J'ai pu même y travailler sérieusement à mon Louis II et gonfler quelques poèmes obscurs et sonores, analogues aux ronflements d'un sommeil poétique". Les ronflements d'un sommeil poétique, l'image est à retenir. Une lettre de Lucien Coutaud à André Fraigneau datée du jour de Noël 1927 se terminait pour sa part par ces mots : "J'ai sommeil, sommeil - il faut dormir". Et l'on peut se demander si pour Coutaud son séjour militaire à Mayence ne s'est pas résumé en une histoire de dormeurs... et de veilleurs, ceux du corps de garde rhénan transposé en 1930 dans sa peinture, peinture alors imprégnée des brumes et des légendes des bords du Rhin. Sa première toile importante, "Rhénanie" de 1928, nous montre déjà deux personnages féminins allongés sur le sol et une toile de 1929, de 33 x 41 cm, représentant un personnage en buste en position couchée est désignée précisément par Coutaud dans le répertoire de ses oeuvres vendues ou données sous l'intitulé "Le dormeur". Dans un texte manuscrit daté du 11 mars 1930, le peintre associe couleur et sommeil dans l'attente de jours meilleurs : "Je voudrais dormir dans une couleur toujours la même qui ne serait ni jour ni nuit et me réveiller un jour de soleil, s'il doit en exister un pour moi".

Dans les années 30, les personnages couchés ou endormis reviennent comme un leitmotiv dans l'oeuvre de l'artiste. Il s'agit presque toujours de gouaches. Sa création à cette époque, déjà placée sous le signe du rêve, donne accès à un univers fait de merveilleux, de féerique, légèrement teinté d'érotisme. Dans une composition au bateau, datant vraisemblablement de 1933 ou du tout début de 1934, on peut voir un soldat à demi-agenouillé se penchant vers une jeune femme nue étendue. Leurs visages nous sont connus. La jeune femme nue étendue devient parfois une jeune morte - entre le sommeil et la mort la différence est parfois ténue, il n'y a guère de frontière, semble nous dire le peintre - comme dans "L'intérieur à la locomotive" de 1933 ou "Sous une table" de 1934 qui inspira superbement l'écrivain Jean Blanzat :
[...]
Car c'est le temps
D'éveiller
A la vie, à l'Amour
La belle inconnue
qu'on vient de trouver sous la table
Toute raide dans son sommeil


Dans "Le mythe de Proserpine", la grande peinture murale aujourd'hui détruite qu'il réalisa pour le Palais de la Découverte dans le cadre de l'exposition internationale de 1937, l'Exposition internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne, un personnage allongé, sommeillant, marque indubitablement la place des dormeurs comme médiateurs de l'accès à l'univers onirique du peintre. Au printemps, au moment du retour sur la terre de la déesse de la végétation et de la mort...

Au début des années 40, l'on voit dans plusieurs de ses oeuvres des couteaux allongés sur le sol d'une ville semblable à un décor de théâtre, jeu évident avec l'homophonie nous l'avons déjà dit, des couteaux devenus peut-être des dormeurs pour oublier la tristesse du moment ; et parmi les premiers squelettes de fruits, l'un d'eux daté de 1944 sera titré "Fruit endormi".
Ce sont les années il fréquente quelque peu Robert Desnos, qui allait tragiquement disparaître, celui qui avait été le meilleur "médium", le plus inspiré des "dormeurs" de "l'époque des sommeils" aux débuts du surréalisme.
En février 1945, il compose, dans le cadre d'une série de peintures sur le thème roussellien des fers à repasser, une toile de 46 x 38 cm titrée "Le dormeur", nous montrant un visage en forme de masque avec un fer posé sur sa tête comme un poids pesant.
C'est Coutaud lui-même qui reconnaissait composer à cette époque des "visages - masques". "Le lit aux rêves", une toile de 38 x 46 cm, paraît avoir été peinte dans les mêmes circonstances. Et comme il faut aussi quelques veilleurs, il peindra dans le courant de l'année 1946 "Le veilleur de nuit d'Arles" et "La soeur du veilleur de nuit" coiffés de lampes comme il se doit. Les lampes ont toujours impressionné Coutaud, on peut le remarquer à de nombreuses reprises.
En décembre 1946, l'on voit apparaître dans son oeuvre des dormeurs encore plus étranges, appelés nommément eux aussi "dormeurs", aux visages innommables centrés de sphincters ou d'orifices. Encore des masques, on peut le supposer. Deux aquarelles gouachées, "Le dormeur" (35 x 27 cm) et "Pendant le sommeil" (27 x 22 cm), constituent les premières oeuvres de cette série. Denise Coutaud nous dira un jour qu'ils avaient été inspirés par elle quand elle dormait, par ses ronflements.
L'histoire de ces nouveaux dormeurs se poursuivra tout d'abord au sein du cycle des peintures inspirées par la Porteuse de pain.
Une essencerelle datée du 31 décembre 1946 attribue au père de la Porteuse de pain leur "visage" stéréotypé. Le titre de cette oeuvre, on peut le préciser : "Le père de la porteuse de pain inquiet part à la rencontre de sa fille".
Dans l'entourage de la Porteuse de pain, il y a également d'autres dormeurs, semblables, mais bien plus hostiles. "L'armoire de la porteuse de pain", une toile de 40 x 61 cm, datée de 1947, nous montre dans le miroir d'une armoire la fin des ébats amoureux de la Porteuse de pain, croquée ou aspirée par un dormeur. Les personnages s'y reflètent en épaisseur. On peut y voir un lien avec les combats de mantes religieuses peints par son ami Labisse. "L'armoire-chair de la porteuse de pain" datée de la même année, une toile de 81 x 100 cm, reprend la même thématique avec une mise en abîme sublimant le tragique de la situation. "Il dort", une toile de 50 x 61 cm, datée elle aussi de cette année 1947, représentant un visage de dormeur couché dans un paysage, sera présentée en 1949 à l'exposition "Paintings from France" organisée au Brooks Memorial Art Gallery à Memphis aux Etats-Unis. En 1947 encore, l'on découvre dans son oeuvre l'"Etude du nu de la dormeuse", délire sur les rondeurs d'un bassin féminin, sujet isolé d'une toile très provocante et apparaissant en tant que détail dans plusieurs oeuvres sur le thème du "Château de X". "Le personnage du château de X", daté de 1948, est également un dormeur, un dormeur devenu la figure centrale de l'étape ultime de la métamorphose des fruits.

Le 12 juin 1950, 16 heures, c'est pour Coutaud l'heure fatidique de sa chute accidentelle, précipité dans les ténèbres du sous-sol, sur la scène du Théâtre de la Reine au Petit Trianon à Versailles en travaillant aux décors du ballet "Les Eléments". Il suppose que dans cet accident, Marie-Antoinette lui a été d'un très grand secours. En d'autres termes, sans le secours du fantôme de Marie-Antoinette, l'issue aurait pu lui être fatale. Mi-juillet, en convalescence chez des amis à Crosne dans l'Essonne, il se remet à la peinture et compose quelques gouaches de petits formats. En découvrant ces gouaches, on pourrait être on ne peut plus intrigué par des compositions en hauteur représentant des têtes : "Jour de fête la bouche ouverte" (une gouache sur fond rose datée du 28 juillet), "Bouche ouverte la nuit" (une gouache sur fond gris datée également du 28 juillet), "Dernier dimanche de juillet 50" (une gouache sur fond rouge)...
Ces têtes, ce sont des compositions architectoniques autour de ce qui paraît être une coquille Saint-Jacques entrouverte, et ces coquilles sont probablement les restes d'un festin comme le laisse supposer le premier titre. On pourrait parallèlement faire un rapprochement avec le personnage de Saint Jacques du "Soulier de Satin", le cendrier en forme de coquille Saint-Jacques qu'il utilisait à cette époque ainsi qu'en témoigne une photographie ou encore avec le mobilier de grotte d'origine vénitienne également en forme de coquilles Saint-Jacques qu'il avait pu admirer chez Lise Deharme, dans la chambre à coucher de cette dernière, sans parler du lit aux extrémités également en forme de coquilles... De même, on peut retrouver dans ces têtes, véritable trace mnésique s'ajoutant à d'autres, une vague réminiscence d'un fragment du décor du plafond du Théâtre du Petit Trianon juste au centre au dessus de la scène. Toujours est-il, cela est manifeste, que ces têtes sont dans la continuité de celles des dormeurs. Il s'agit d'une évolution de ce thème. "Bouche ouverte la nuit", la gravure à l'eau-forte intitulée "Dame nuit de juillet" réalisée cette année (certaines des épreuves seront tirées sur d'anciennes actions du Banco Central Mexico), celle intitulée "Visage nocturne" réalisée en 1951, nous l'indiquent sans détour. On peut aussi remarquer une gouache de la même période, datée du 9 août, intitulée "Journée d'août", qui nous fait découvrir dans un paysage trois personnages avec ces têtes caractéristiques... Des gouaches nous passons aux toiles dans lesquelles nous retrouvons les mêmes "têtes" ou les mêmes "visages", toiles datées du mois de mars 1951 pour les deux premières, entreprise ce même mois pour la troisième : "La fin d'un hiver", "Fin d'hiver", "Les demoiselles Trianon".
"La fin d'un hiver", une toile de 22 x 35 cm, nous montre, à la manière d'une figure de proue dans un paysage, une de ces femmes à la tête caractéristique, le corps scindé, prétexte à une remarquable étude de formes renversées. Par le choix des couleurs, l'artiste cherche à nous faire ressentir la douceur des premiers rayons du soleil sur une terre encore froide et glacée, une terre dont la féminité est évidente.
"Fin d'hiver", de 73 x 60 cm, achevée le 18 mars, nous entraîne quant à elle dans d'étonnantes comparaisons entre l'image de la mère et celle de la femme. Les deux personnages présentés nous feraient penser à des mannequins s'il n'y avait ces marques apparentes, on ne peut plus provocantes, de leur sexualité. Ces personnages doués de féminité ont les mêmes têtes caractéristiques de ces derniers mois. Ils semblent se réveiller d'une longue métamorphose, un peu comme celle des insectes. On pourrait aussi les croire sortis de cocons d'aranéides et cette dernière hypothèse est certainement la vraie. C'est ce à quoi nous font penser l'encerclement des corps, les deux cocons (on pourrait les confondre avec des pierres) enchâssés à hauteur du bassin de ces personnages et un ouvrage de l'entomologiste Jean Henri Fabre, "La vie des araignées", figurant en bonne place dans la bibliothèque de Coutaud à cette époque. Mais ce qui est le plus apparent, c'est leur absence de bras.
Nous les ressentons comme paralysés. De plus en plus s'impose alors la conviction qu'il s'agit là de la traduction d'un rêve ou d'un cauchemar, et le seul point de repère avec le réel, c'est un paysage des Baux-de-Provence au moment d'un coucher du soleil. On pourrait bien sûr poursuivre l'analyse de cette oeuvre aux bleus-violets très calmes, s'intéresser à ce petit personnage rose à peine discernable à droite derrière un rocher, s'intéresser à cette série de boules sommant l'encerclement des corps, y voir des relations avec le couronnement de boules de la petite tour colombier du Château Légier à Fontvieille, s'intéresser au jeu avec l'abstraction dans la composition du paysage...

"Premières demoiselles Trianon", une gouache de 22,5 x 29 cm peinte le 18 mars, le jour même où il achevait "Fin d'hiver", préfigure la grande toile de 114 x 146 cm titrée "Les demoiselles Trianon". Dans cette dernière peinture, Coutaud transpose son accident de l'année précédente dans un paysage on ne peut plus imaginaire, voire composite, parsemé de rochers. Elles sont trois et l'une d'elles tient dans une main le programme des deux fameuses soirées de ballets de juin 1950. On en remarque la couverture représentant la scène du Théâtre de la Reine, marquée d'un point noir... Une autre tient en main une feuille avec un dessin qui constitue une énigme à résoudre.

Il faudra longtemps chercher pour découvrir qu'il s'agit de la silhouette en grisaille de Marie-Antoinette conduite à son supplice d'après un cruel dessin de David, l'ombre de Marie-Antoinette... Et pourtant, dans la gouache préparatoire, ce dessin était parfaitement copié. Le paysage, lui, est omniprésent, totalement obsessionnel, très coloré, comme les vêtements déchirés des personnages, encore que l'on puisse douter qu'il s'agisse de personnages, et on remarque au premier plan une ou plutôt deux nouvelles variantes de l'étude du nu de la dormeuse, de même que l'on remarque au fond à droite, sur le rocher qui le porte, pour la dernière fois dans l'oeuvre de l'artiste, le château du Marquis de Sade à Lacoste. On pourrait aussi chercher à retrouver dans ce paysage inquiétant la transcription de la trappe qui lui fut fatidique l'année précédente. André Fraigneau donnera de cette toile une description bien plus saisissante : "Son tableau le plus récent, "Les demoiselles Trianon", transpose son accident au théâtre de Versailles par un paysage étiré et désert sur quoi se dressent trois Parques d'osier, carcasses oubliées après une fête, mais harnachées encore de lambeaux aux couleurs exquises".

"A droite l'homme gris foncé paraît", une toile de mêmes dimensions, 114 x 146 cm, datée de 1952, figurant dans les collections du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, constitue pour sa part un avatar des "Demoiselles Trianon" dont nous découvrons pour la dernière fois leurs "visages" caractéristiques alors que leurs corps apparaissent comme l'ébauche de ceux des "Dames des environs", ses prochains personnages... C'est toujours très compliqué de tenter d'expliquer l'oeuvre de Coutaud. Et cette composition dans un intérieur nous intrigue plus encore par la présence d'une duplication d'escaliers (comme la duplication obsessionnelle des corps)... des escaliers dérobés, l'un dans une armoire, alors que les chaises s'élèvent vers le plafond ainsi que des montgolfières ou des ballons.

A partir de 1953 et dans les années 60, tous les personnages de sa peinture aux têtes substituées ou modifiées, et ils sont nombreux, sont peut-être eux aussi des dormeurs, tout comme ceux qui les ont précédés. Cela apparaît de plus en plus évident lorsque l'on porte un regard rétrospectif sur l'oeuvre de l'artiste, un oeuvre dont le fil conducteur pourrait bien en être les dormeurs. Et si un "visage" ne vous revient pas, ne vous paraît pas être celui d'un dormeur, c'est peut-être tout simplement un dormeur qui simulerait de ne pas l'être...

Toujours l'ambiguïté, le doute. "En souvenir d'un peintre", une toile de 73 x 60 cm, peinte en juin 1955 en hommage à Yves Tanguy, nous montre, sur la plage du Cheval de Brique, l'un des personnages féminins coutaldiens, au corps recomposé, tenant d'une main la tête aux yeux clos du peintre disparu. Consciemment ou inconsciemment, Coutaud paraît avoir voulu rappeler le visage de Tanguy que l'on voit sur la photographie parue dans le numéro 12 du 15 décembre 1929 de "La révolution surréaliste" et qui nous révèle autour d'une femme peinte par Magritte les photographies d'identité des surréalistes les yeux fermés avec cette légende : "Je ne vois pas la [femme] cachée dans la forêt". Avec Coutaud, on n'échappe jamais aux références surréalistes, même si l'on peut aussi évoquer les têtes tranchées que l'on voit dans les Judith ou Salomé de Lucas Cranach, "Orphée" ou "L'apparition" de Gustave Moreau. Il y a là matière à réflexion.

Dernières toiles remarquables sur le thème des dormeurs, dans les titres desquelles réapparaît à nouveau nommément le mot dormeur, au féminin : la série des " dormeuses marines" datées de 1973, inspirées comme souvent par la plage du Cheval de Brique et réalisées dans les mois qui ont suivi la mort de sa mère : "1er mai 73", une toile de 81 x 100 cm, "Le repos marin", une toile de 54 x 73 cm, "Autre repos marin", une toile de 60 x 73 cm, "Dormeuses marines", une toile de 54 x 73 cm, "Un treize mai", une toile ovale de 60 x 73 cm. Dans ces compositions, Coutaud nous montre des dormeuses on ne peut plus dévêtues, dévoilant ce qui est habituellement caché à notre regard, aussi provocantes que de belles prostituées, à demi-assises sur des lits de plage. La mer, le souvenir de sa mère, ce besoin de communiquer encore et toujours avec elle, à présent par une correspondance posthume. Voici les clefs de la peinture de Coutaud. Reste à faire le travail de l'analyste.

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