Lucien COUTAUD : 1944 - 1947 Les Années Métaphysiques

le 13 décembre 1904, décédé le 21 juin 1977, Lucien Coutaud, très lié au monde du théâtre et à celui des arts décoratifs dans les années 30, quoiqu'il tenait à être considéré avant tout comme peintre, sa vraie vocation, verra son nom véritablement reconnu au décours des années sombres, des années d'Occupation, devenant une des figures majeures de l'art de l'immédiat après-guerre, de la Jeune Peinture Française.
Introduit dans le monde des lettres, il fréquente au début des années 40 Georges Hugnet, Paul Eluard, Robert Desnos, Jean Paulhan, Jean Blanzat avec qui il s'était lié d'amitié dès 1929. Il entretient des liens amicaux avec des peintres comme Jean Bazaine, Jacques Despierre, Alfred Courmes, Félix Labisse et noue quelques relations avec Picasso. En 1941, il est l'un des "Vingt jeunes peintres de tradition française" qui exposent à la Galerie Braun, première manifestation d'Art d'avant-garde sous l'Occupation. En 1944, il est autour de Gaston Diehl l'un des membres fondateurs du Salon de Mai. Après la guerre, on le verra se lier d'amitié avec Lise Deharme, Oscar Dominguez, Boris Vian, fréquenter l'univers de Saint-Germain des Prés sous le signe du jazz et de l'existentialisme.
Dès 1940, l'on pouvait remarquer dans sa peinture les prémices d'un bouleversement en profondeur de son art et sa manière de peindre qui ne tardera pas à être on ne peut plus manifeste. Cette année , on peut découvrir ses fruits en ville, avec les premiers fruits tranchés et à leurs côtés un ou plusieurs couteaux. Le peintre au nom tranchant joue indubitablement avec l'homophonie. La présence de grenades parmi ces fruits n'est de plus pas non plus anodine.
Fin 1942, Coutaud compose ses premiers squelettes de fruits, ultime avatar de la pomme de Cézanne. En 1943, il est le décorateur reconnu et admiré du "Soulier de Satin" de Paul Claudel mis en scène par Jean-Louis Barrault à la Comédie Française, une parenthèse dans sa création, reconnaissant lui-même ce travail beaucoup trop éloigné de sa peinture. "Il vaut mieux ne pas en parler". Un séjour aux Baux de Provence durant l'été à l'invitation de Pierre Delbée, le marque profondément. En 1944, tout se précipite. L'univers du peintre devient sombre, inquiétant, agressif, marqué par l'influence de l'oeuvre de Franz Kafka et surtout (à partir du mois de juillet de la même année) par l'influence de celle de Raymond Roussel dont il transpose le procédé dans son propre champ pictural, devenant le premier grand redécouvreur de Roussel.
L'association de ces deux noms, en deux notices juxtaposées, nous pourrions la retrouver dans un article d'André Breton, "Têtes d'orage", publié dans le numéro 10 de la revue Minotaure. Coutaud travaille tout d'abord à une série de peintures sur le thème de la ville, des rues et des places ("La rue étoilée", "La maison jaune", "La maison rose", "La nuit rue des plantes", "Trois nuages bleus sur la place verte", "Cité végétale"...).
Dans cet univers en apparence chiriquien reprenant les couleurs du maître de la Métaphysique, détournement voulu du peintre, tout en gardant ses distances, en conservant son originalité, viennent se dresser devant nous des personnages tout aussi inquiétants, aux corps articulés, puis plus tard scindés, morcelés, mannequins encore, ou robots déjà, on ne sait. Les visages de Monégasques de la fin de 1944 et du début de 1945 sont des visages d'existentialistes. Les personnages aux fers à repasser ("Les sept fers" de 1944, "La demoiselle des fers" de 1945...), ceux présentant un squelette de fruit, sont leurs semblables.
Ce sont également des personnages rousselliens. On reste dans l'absurdité préméditée. Coutaud connaissait, à n'en pas douter, cette anecdote, d'authenticité en fait discutable, qui voulait que Raymond Roussel ramena à un ami ou plutôt à une amie, vraisemblablement Charlotte Dufrène, de l'un de ses lointains voyages, un fer à repasser, le présentant comme l'objet le plus extraordinaire qu'il ait jamais trouvé.
Pour "Le Poète", un ballet de Boris Kochno et Roland Petit sur une musique de Benjamin Godard, représenté au Théâtre Sarah Bernhardt en juin 1945, Coutaud conçoit un décor reprenant le thème des arbres aux yeux peints ces derniers mois ("Arbres aux yeux doux" de décembre 1944, "Fragment du verger aux yeux" de mars 1945) et les danseurs et danseuses du ballet sont affublés de masques comme les personnages de ses peintures et coiffés de fers à repasser ou de squelettes de fruits. La Porteuse de pain à l'origine de nombreuses peintures en 1945 - 1946 est un personnage emprunté à un roman feuilleton populaire, de la fin du XIXème siècle, de Xavier de Montépin.
Coutaud nous la montrera à de nombreuses reprises, imaginant ses aventures, nous fera connaître ses paysages familiers, son entourage. On verra même la Porteuse de pain et son amie rencontrer un enfant au cerceau, Kafka enfant, autre thème d'inspiration de l'artiste...
Un séjour sur la côte catalane, à l'invitation du peintre Willy Mucha, l'été 1945, conduira des Catalanes, Dames de Collioure ou Dames de C., à Mademoiselle Phèdre de 1946, figure majeure, figure emblématique, dans l'oeuvre de l'artiste, une oeuvre évoluant en permanence sous le signe de la métamorphose.
En 1947, Coutaud nous fait assister à la fin tragique de la Porteuse de pain croquée ou aspirée par un "dormeur", personnage récurrent dans sa peinture, et ce sera alors l'entrée du Marquis de Sade et de son château de Lacoste dans son univers à la suite d'un travail d'illustrations pour un recueil poétique de Gilbert Lely, "Ma Civilisation", édité par Aimé Maeght en janvier 1948. La découverte de Belle-Ile en Mer, l'été 1948, celle d'une nouvelle lumière, marquera la fin de cette période dite métaphysique.
En cette époque d'intense création artistique, Coutaud expose régulièrement dans les principaux salons de peinture. Il présente notamment "La nuit rue des Plantes" et "Trois nuages bleus sur la place verte" au Salon des Tuileries de 1944, "Moulins à moudre le temps (dédiés à Raymond Roussel)", évocation de "Locus Solus", au Salon d'Automne de la même année, "Les sept fers" de 1944 au premier Salon de Mai en 1945, "En rase campagne, jeune porteuse de pain métamorphosée en chaise" au Salon d'Automne de 1945, "L'escalier de Mademoiselle Phèdre" (toile appartenant à présent au Musée National d'Art Moderne) au Salon d'Automne de 1946, "L'armoire-chair de la porteuse de pain" au Salon de Mai de 1947, "Le château de X et les environs du verre de lampe" au Salon d'Automne de la même année, "L'habitant du Château" au Salon d'Automne de 1948.
Il participe également à un certain nombre d'expositions collectives. Il présente en particulier à l'exposition "Le nu dans la peinture contemporaine", organisée à la Galerie René Drouin en avril 1944, une toile titrée "Le modèle" (connue également sous le titre "Vive la mariée nocturne") et à l'exposition "l'oeuvre et sa palette", organisée à la Galerie Breteau en mai 1944, "Les deux soeurs de la lune".
En mai - juin 1945, il participe à l'exposition consacrant la "Jeune peinture française" organisée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Enfin trois expositions particulières marquent cette période. Du 7 au 25 mai 1946, la Galerie Roux-Hentschel présente un ensemble de ses oeuvres des années 1944, 1945 et du début de 1946.
Du 17 janvier au 7 février 1947, la Galerie Bonaparte présente un ensemble de ses dessins et aquarelles (ou plutôt essencerelles, technique l'eau est remplacée par l'essence) des mêmes années. Du 29 novembre au 13 décembre 1947, la Galerie Jérôme à Bruxelles lui consacre également une exposition très remarquée d'oeuvres de cette époque. L'été 1948, Coutaud est invité à la Biennale de Venise et du 9 au 30 novembre 1948 une exposition particulière lui est consacrée par la Galerie Maeght à l'occasion de la présentation de "Ma Civilisation" de Gilbert Lely.
Compagnon de route des peintres abstraits dans l'aventure de la Jeune Peinture Française et celle du Salon de Mai, maître de la figuration onirique à la grande époque de l'abstraction, considéré en 1946 par Bernard Dorival comme l'un des liquidateurs du surréalisme, Lucien Coutaud conservera toute sa vie une superbe indépendance et son oeuvre restera, quels que soient les points de repères laissés ici ou , aussi énigmatique que celle du De Chirico de l'époque de la Metafisica, lui qui considérait De Chirico et Paul Klee comme les seuls maîtres qui l'aient réellement influencé, si l'on doit le croire.
 

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